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Faut-il que nous abandonnions le terme « catholique » ?

Cette question revient régulièrement tant des catholiques romains s’approprient le terme de « catholique ». Et pourtant…

Pourtant, « catholique » vient du grec καθολικός (katholikos), qui signifie « universel » : par définition, aucune église ne peut donc s’approprier ce terme ni l’interdire aux autres.

Un peu d’histoire

Historiquement, il est utile de rappeler que Jésus était juif et qu’il n’a créé aucune église : il voulait accomplir la loi et a simplement demandé à ses disciples (et en premier à des femmes) d’aller porter la Bonne Nouvelle de sa résurrection.

La conception d’une Église autre que juive n’a commencé à apparaître qu’à la fin du 1er siècle, notamment avec la destruction du Temple de Jérusalem en 70. Le mot « catholique » apparaît plus tard, au début du IIe siècle, dans des écrits d’Ignace d’Antioche et dans des écrits de Smyrne, une métropole intellectuelle d’Asie mineure.
A cette époque, l’Église est constituée d’églises isolées, dispersées, différentes. Certains travaillent à l’unité dans la diversité, et admettent l’unité de l’Église à construire comme assumant toutes les diversités ; d’autres au contraire pensent qu’il faut consolider l’identité chrétienne en unifiant les rituels, les ministères, etc.

L’empereur Constantin joue ici un grand rôle : il souhaite assurer l’unité de l’Église, qu’il considère comme un rouage de l’État. En 325, il organise et préside (bien que non baptisé), le fameux synode de Nicée où est composé le « symbole de Nicée » et où les différents rites existants sont uniformisés.
L’empereur Constantin a fait du christianisme une religion d’État, mais en mettant la religion au pouvoir, nombreux pensent aujourd’hui qu’il l’a corrompue, constatant que l’Église tient parfois davantage des apparats du pouvoir (architecture, titres honorifiques, ornements liturgiques, postures, etc) que de la parole du Christ…

De fait, les schismes qui ont suivi sont essentiellement des querelles de pouvoir et d’argent, justifiées par des querelles de dogmes. En 1054, c’est le schisme où l’église d’Orient devient « orthodoxe » (« la voie droite »), puis au XVIe siècle, les « protestants » prennent leur indépendance.
Dans l’histoire de l’Église, ces schismes sont vécus comme une déchirure de la personne et de la tunique du Christ, mais aussi comme des luttes de pouvoir.

Ce que signifie être catholique

On voit bien qu’il existe 2 définitions du mot « catholique » :

  • La définition historique : où l’universalité de l’Église représente l’universalité des dons de Dieu dans toute leur variété, et où le catholique est accueillant de la différence de l’autre ;
  • Une définition plus restreinte, que des catholiques romains voudraient imposer, notamment en France où ils sont majoritaires (mais ils n’ont pas le même comportement en Angleterre, Allemagne ou US) : où la personne « catholique » appartient à l’église catholique apostolique et romaine (ECAR) et reconnaît l’autorité spirituelle du pape ainsi que d’autres dogmes propres à l’église romaine.

De ces 2 définitions se dégagent une profonde différence dans la conception de sa foi, dans la manière de vivre sa foi.
Pourtant, les différents courants reposent sur le même credo, sur la même base de foi. Les différences sont bien des différences de dogmes et d’organisations.

D’ailleurs, petit aparté : la phrase du credo « Je crois à la sainte Église catholique » ne veut pas dire « j’ai foi en l’église catholique romaine à l’exclusion de toutes les autres églises », mais j’ai foi en « la catholicité de l’Église », c’est-à-dire en son universalité. L’Église est catholique quand elle s’adresse à tous les hommes, parce qu’elle tient de notre Seigneur tout ce qui est nécessaire au salut de tous.

Église Épiscopale Libre : comment nous vivons notre foi catholique

En quoi croyons-nous ?

Dans le credo.

D’où tenons-nous notre légitimité ?

De notre foi, de notre engagement, et, pour ceux pour qui cela a une valeur, de notre succession apostolique (par mgr Duarte Costa, évêque romain).

Comment vivons-nous notre foi catholique ?

Le Christ a eu un seul commandement : « Aimez-vous les uns les autres ». Nous croyons que nous sommes tous enfants de Dieu et qu’à ce titre nous avons tous une histoire personnelle avec notre Père commun et que personne ne peut dicter à l’autre quelle doit être cette histoire.

Pour cela, nous accueillons chacun tel qu’il est et ne fermons aucune porte à personne, comme le Christ l’a fait.

Quelques exemples :

  • chaque prêtre choisit sa liturgie et nous avons donc des messes selon les rites œcuménique (de Lima), anglican (Livre de la Prière Commune), tridentin, ou même des liturgies personnelles,
  • nous ne refusons la communion à personne puisque Jésus a dit « prenez et mangez en TOUS » et qu’il a partagé son repas avec des juifs ;
  • nous ne jugeons pas et ne fermons les portes à personne « a priori » : les divorcés remariés, homos, femmes… sont les bienvenus pour se marier, être ordonnés, avancer sur leur chemin avec Dieu comme n’importe qui d’autre ;
  • nous pensons qu’un prêtre est un être humain comme un autre et qu’il doit vivre au côté des autres enfants de Dieu : il doit donc travailler et il peut se marier s’il le souhaite, ce qui participe à son équilibre de vie et évite certains abus ;
  • etc.

Cette ouverture nous permet de nous enrichir de chacun, et de Dieu dans son histoire personnelle avec chacun.

Quels contre-pouvoirs avons-nous pour empêcher le cléricalisme qui guette toujours ?

Notre organisation est démocratique : les laïcs ont autant de pouvoirs que les clercs, ce qui évite les luttes de pouvoir puisque ceux qui ont des responsabilités sont ceux qui veulent s’engager.

Notre engagement est bénévole :

  • tous nos clercs travaillent car chacun doit être autonome financièrement : c’est le prêtre qui est au service de la communauté, et pas l’inverse.
  • L’activité professionnelle permet par ailleurs de connaître les mêmes vies que tout le monde, avec les mêmes difficultés, et donc d’être légitimes dans nos échanges,
  • L’activité professionnelle participe également à l’équilibre de vie et évite de chercher une quelconque gloire dans l’activité pastorale.
  • Tous nos sacrements et services sont gratuits, comme le Christ nous l’a demandé : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ».

Nous sommes ainsi vigilants sur les risques de corruption par le pouvoir et par l’argent.

Nous sommes aussi une église catholique

Aucune église chrétienne n’est pas catholique. C’est le christianisme qui est catholique.
C’est aussi pour cela que, malgré tous les autres calendriers, nous sommes aujourd’hui en 2021… 2021 après Jésus-Christ… c’est universel.

En synthèse

Nous pensons suivre le Christ sur le bon chemin car nous accueillons l’autre sans jugement.
Nous sommes également conscients de ne pas avoir toute la vérité donc nous accueillons, écoutons et prions avec le tout autre en rendant grâce de l’avoir rencontré.

La diversité catholique est encore riche

Voilà un rapide résumé des principales différences constatées entre l’église romaine et nous :

A noter : Nous sommes membres de la Communion Anglicane Libre (notre évêque président en est le délégué archi-épiscopal pour les pays francophones d’Europe et d’Afrique) qui considère que, une fois les églises réunies, elle n’aura plus lieu d’être et disparaîtra.

Conclusion : nous sommes catholiques !

Oui, nous revendiquons avec force notre catholicité.
Mais nous n’appartenons pas à l’église romaine qui n’a pas la même compréhension du message du Christ que nous.
Nous vivons l’ouverture et le respect de la diversité de chacun dans sa relation à Dieu.

Vous pouvez réagir ci-dessous. Pour en savoir plus et échanger, n’hésitez pas à nous écrire : eglise.episcopale.libre (at) gmail.com .

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père Gilles
4 mois il y a

 Extrait du Traité de Pérégrinus Ve siècle

« Et dans l’Église catholique elle-même, il faut veiller soigneusement à s’en tenir à ce qui a été cru partout, et toujours, et par tous ; car c’est cela qui est véritablement et proprement catholique, comme le montrent la force et l’étymologie du mot lui-même, qui enveloppe l’universalité des choses »

Ecrit au Ve siècle par saint Vincent, moine du monastére de Lérins au sud de la France, le traité exprime le principe de « consensus patrum » qui définit la véritable Tradition de l’Eglise